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Quizz diagnostic

Exposé du cas

  • LÉSIONS BLANCHES LINGUALES Dr. J. Hamon, Dr. S. Lejeune, Dr. P.Limbour. CHU de Rennes
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    Motif de la consultation

    Une femme de 58 ans a consulté pour des lésions blanches de la face ventrale de la langue.

    Histoire de la maladie

    La patiente a découvert ses lésions linguales de manière fortuite quelques semaines auparavant.

    Interrogatoire

    La patiente avait été traitée par chirurgie et chimiothérapie pour un carcinome pancréatique un an plus tôt. Elle ne fumait pas, ne buvait pas d’alcool et ne prenait aucune médication. Elle a remarqué ses lésions linguales depuis quelques semaines. Elle ne ressentait aucune douleur et aucune gêne.

    Examen clinique

    Les lésions visibles étaient palpables, souples et non indurées. Il n’existait pas d’autre lésion buccale. Aucune adénopathie cervico-faciale n’était palpable. L’hygiène bucco-dentaire était correcte.

    Examens paracliniques

    La biopsie réalisée a retrouvé une muqueuse malpighienne tapissée d'un épithélium acanthosique et surmonté d'une orthokératose. Au niveau du corps muqueux il n'existait pas de désorganisation architecturale, ni d'anomalie nucléaire significative. La membrane basale ne présentait pas d'altération particulière. Le conjonctif était le siège d’un discret infiltrat inflammatoire diffus constitué d’éléments polymorphes.

    Quel est votre diagnostic ?

    1 - Carcinome épidermoïde
    2 - Lichen plan buccal
    3 - Leucoplasie
    4 - Leucoplasie réactionnelle exogène
    5 - Candidose buccale

    Synthèse

    La bonne réponse est la réponse 3

    Le diagnostic à retenir est celui de leucoplasie idiopathique. Les leucoplasies sont des lésions blanches à risque discutable de cancérisation après exclusion de toutes les lésions ou affections n’ayant pas un risque accru pour le cancer. Ces leucoplasies peuvent être définies selon leur apparence clinique en leucoplasie homogène, inhomogène ou encore verruqueuse proliférative. Le tabac, qui est un facteur de risque, est inconstamment retrouvé. Le traitement reste mal codifié, entre chirurgie d’exérèse (lame, laser) et traitement médicamenteux (rétinoïdes, vitaminothérapies). Toutefois, la récidive est fréquente. La transformation cancéreuse est décrite. Toutefois, le taux de transformation est difficile à établir et varie entre 0,3 et 34% selon une récente revue de la littérature. Une surveillance est donc nécessaire. La leucoplasie réactionnelle exogène est une lésion blanche qui peut être rattachée à une agression chimique ou physique. Ce type de lésion disparaît spontanément lorsqu’on supprime l’étiologie. Ici, la chimiothérapie étant fini depuis 1 an, elle ne pouvait être à l’origine des lésions.

    Les candidoses buccales sont observées principalement chez les sujets immunodéprimés. Le Candida albicans, saprophyte de la cavité buccale, est une levure opportuniste profitant d’une baisse de l’immunité (diabète, hyposialie, immunodépression …) pour entrainer une candidose. Elles se présentent sous forme d’un enduit pseudomembraneux recouvrant de vastes plages érythémateuses ou de macules érythémateuses. Ici, les lésions blanches étaient non détachables et nous ont font éliminer ce diagnostic.

    L’absence de lésions bilatérales et réticulées n’était cliniquement pas en faveur d’un lichen buccal. L’histologie réalisée participait à exclure ce diagnostic en l’absence d’infiltrat inflammatoire conjonctival superficiel et de kératinocytes apoptotiques. Ces deux éléments, cliniques et histologiques, sont selon l’OMS nécessaire pour poser le diagnostic.

    Le carcinome épidermoïde reste le diagnostic à exclure. La lésion, bien que d’aspect verruqueux, présentait une coloration homogène et était souple à la palpation. L’histologie la aussi reste nécessaire pour évaluer l’évolution dysplasique ou cancéreuse d’une leucoplasie, d’autant plus chez une patiente non fumeuse.