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Quizz diagnostic

DOULEURS  SOUS ANGULO-MANDIBULAIRES RÉVÉLATRICES

  • cas janvier 2019

    Légende : cas janvier 2019

Dernier cas

  • DOULEURS  SOUS ANGULO-MANDIBULAIRES RÉVÉLATRICES Pr. Philippe Lesclous. CHU de Nantes
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    Motif de la consultation

    Une patiente de 35 ans, avait été adressée par son médecin généraliste pour des douleurs sous angulo-mandibulaires postérieures et cervicales droites modérées (Echelle Visuelle Analogique, EVA : 50mm) depuis deux à trois ans.

    Histoire de la maladie

    Elle décrivait des douleurs continues, diffuses, parfois insomniantes, non calmées par le paracétamol. Outre les localisations mandibulaire et cervicale, ces algies s’étendaient parfois dans plusieurs directions : crâniennes, de l’occiput à l’os frontal ; orbitaires et au niveau de l’arcade dentaire secteur 1, plutôt tubérositaires hautes. La rotation de la tête était difficile et la flexion provoquait une sensation d’étouffement.

    Interrogatoire

    La patiente présentait un syndrome de Ménière, et souffrait de bourdonnements et de sifflements d’oreille, d’une perte de l’audition à droite de 60 %, et de vertiges en rapport avec cette pathologie. La prise de bétahistine (Lectil 24mg ®) pour les vertiges se révélait très efficace. Elle avait bénéficié d’une amygdalectomie bilatérale à 12 ans et avait subi un traumatisme crânien suite à une chute à l’âge de 20 ans sans prise en charge chirurgicale.

    Examen clinique

    L’examen clinique exo-buccal révélait une tuméfaction de faible volume, parotidienne et sous angulo-mandibulaire droite, ferme et douloureuse à la palpation. Aucun autre signe n’était décelé. Aucun trouble des articulations temporo-mandibulaires n’était retrouvé, ni en statique ni en dynamique. L’examen endo-buccal montrait une denture en état correct. 46 et 35 avaient été avulsées depuis plusieurs années sans compensation des édentements consécutifs. Les dents de sagesse étaient absentes sur arcade et la patiente ne mentionnait aucun souvenir d’avulsion. La palpation des fosses amygdaliennes droite et gauche provoquait des douleurs similaires à celles qui avaient amené la patiente à consulter.

    Examens paracliniques

    Suite à cette anamnèse et à cet examen clinique, sans cause évidente retrouvée aux douleurs décrites par la patiente, une radiographie panoramique initiale avait été réalisée. Celle-ci révélait l’inclusion de la 18 et la présence de processus styloïdiens droit et gauche minéralisés, démesurément longs. Une imagerie complémentaire tomodensitométrique était alors réalisée. Celle-ci précisait l’élongation et la minéralisation bilatérale des ligaments stylo-hyoïdiens (3,5 cm à droite et 5 cm à gauche).

    Synthèse

    Bonne réponse= C En résumé, l’entretien médical, l’anamnèse, les examens cliniques et d’imagerie avaient permis d’établir que :  • Cette patiente présentait une symptomatologie douloureuse cervico-mandibulaire droite avec extensions maxillaire, crânienne et orbitaire. • Elle déclarait des gènes fonctionnelles, dysphagie, dyspnée augmentée par la flexion et la rotation céphalique • Elle avait eu une amygdalectomie bilatérale une vingtaine d’années auparavant. • La palpation clinique de la fosse amygdalienne était douloureuse. • Les processus styloïdes étaient fortement allongés et minéralisés. L’accumulation de tous ces signes faisait d’emblée envisager un syndrome d’Eagle dans sa forme primaire c’est à dire corrélée à un « historique pharyngé », ici un antécédent d’amygdalectomie. Une cervicalgie d’origine rhumatismale était peu probable vu le jeune âge de la patiente et l’absence d’autres signes articulaires (en particulier aux niveaux des membres). Une douleur liée à la 18 incluse était elle aussi très improbable étant donné la description qu’en fait la patiente (douleurs continues, insomniantes, sous angulo-mandibulaires) ; ce qui paraissait assez éloigné d’un tableau névralgique trigéminal lié à cette inclusion. Une décision thérapeutique chirurgicale, justifiée surtout par la persistance de la symptomatologie douloureuse, avait été proposée à la patiente en première intention (voir référence Bizet A ; et al., Med Buccale Chir Buccale 2016). Un bilan complet des symptômes et signes cliniques était réalisé quatre mois après l’intervention. La patiente était globalement très satisfaite du résultat de l’intervention chirurgicale puisque les douleurs secteur 1 n’étaient plus ressenties. La rotation de la tête n’était plus entravée sauf lors de mouvements brusques qui créaient des craquements au niveau cervical droit. Un cliché panoramique de contrôle, permettait d’observer le reliquat du processus styloïde droit après sa résection partielle. La résection du processus styloïde gauche était quant à elle complète. Lectures utiles : Sudrat Y., Teitelbaum J., Antoine L., Mondié J.M., Baudet-Paumel M. : Syndrome d’Eagle : à propos d’un cas avec calcifications multiples. Med Buccale Chir Buccale 2008 ;14 :97-102. Bizet A., Margottin C., Lagarde A., Malard O., Dutot E., Corre P., Lesclous P. : Prise en charge chirurgicale par voie endobuccale d’une patiente atteinte d’un syndrome d’Eagle : cas clinique et revue de la littérature. Med Buccale Chir Buccale 2016 ;22 :63-75. Jouan R., Faure F., Robin O. : Eagle syndrome : from neck pain to vagal épisode : report of two cases. Med Buccale Chir Buccale 2017 ;23 :169-71. Benat G., Georg S., Courtois B. : First Bite syndrome and Eagle syndrome. J Oral Med Oral Surg 2018 ;24 :36-9.